Le téléphone ne vole pas seulement du temps à nos enfants
- il y a 3 jours
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Il nous invite à nous poser une question : que devient leur attention lorsqu’elle est sollicitée en permanence ?
En France, une loi promettait d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le Conseil constitutionnel vient de la censurer. Le débat, lui, reste entier.
Et il pose une question intéressante.
Pas seulement : « Est-ce que les réseaux sociaux sont bons ou mauvais pour nos enfants ? »
Mais plutôt : « Que devient un enfant lorsque son attention est sollicitée en permanence ? »
Nous savons qu’en France, à 11 ans, près d’un enfant sur deux possède déjà son propre smartphone. Et que chez les 9–11 ans, le temps quotidien passé devant les écrans dépasse en moyenne 2h30.
Mais derrière ces chiffres, il y a quelque chose de beaucoup plus subtil.
L’attention.
Ce que nous regardons, encore et encore, finit par occuper notre espace intérieur.
Une image. Puis une autre. Une vie qui semble plus belle. Un corps qui semble plus parfait. Une réussite. Un voyage. Un nombre de likes.
Et peu à peu, sans même nous en rendre compte, nous pouvons commencer à nous demander : « Qui suis-je par rapport aux autres ? »
L’enfant ne cherche plus seulement à découvrir le monde. Il découvre aussi constamment l’image qu’il donne au monde. Et cette différence est immense.
Car l’énergie qui pourrait être utilisée pour créer, jouer, rêver, expérimenter, se tromper, être seul, ne rien faire… peut devenir de l’énergie consacrée à se regarder vivre.
À se comparer. À construire une image de soi. À défendre un « moi ».
Et c’est justement à cet âge que l’enfant est en train de construire son identité. De découvrir ce qu’il aime, ce qu’il pense, ce qu’il ressent, ce qu’il veut devenir. De faire des expériences, de changer d’avis, de se chercher.
Or, lorsque l’attention est constamment tournée vers les autres, vers ce qu’ils font, ce qu’ils montrent et ce qu’ils pensent de nous, cette construction peut progressivement se faire sous le regard extérieur.
Et peut-être que le problème n’est pas le téléphone. Le téléphone n’est qu’un objet.
La question est : savons-nous encore être présents sans avoir besoin d’être stimulés ? Pouvons-nous laisser un enfant s’ennuyer ? Marcher sans écouteurs ? Attendre sans regarder un écran ? Créer quelque chose que personne ne verra ?
Être avec lui-même sans avoir besoin de se définir ?
Car c’est peut-être dans ces espaces vides que quelque chose d’essentiel apparaît : qui je suis lorsque je n’ai rien à prouver.
Et maintenant arrive l’IA. Elle peut écrire. Créer. Répondre. Chercher. Réfléchir avec nous. Parfois même avant que nous ayons pris le temps de réfléchir nous-mêmes.
Alors le défi devient encore plus profond.
Nous ne devons peut-être pas seulement apprendre à nos enfants à utiliser les technologies. Nous devons leur apprendre à ne pas perdre leur attention dans la technologie.
Parce que notre attention est l’endroit où notre vie se déroule. Et ce à quoi nous donnons notre attention… devient, en partie, ce que nous devenons.
Peut-être que le plus beau cadeau que nous puissions offrir à nos enfants aujourd’hui n’est donc pas un meilleur téléphone. Mais la capacité à être pleinement présents dans leur propre vie.
Mais une question demeure : sommes-nous, nous-mêmes, suffisamment présents dans la nôtre pour apprendre à nos enfants à l’être ?
Car lorsque l’on regarde les adultes, on comprend que cette addiction ne s’arrête pas à l’enfance. Nous aussi, nous sommes happés par les écrans, les notifications, les images et le regard des autres.
Alors peut-être que la première chose que nos enfants ont besoin de voir… Ce n’est pas un parent qui leur demande de poser leur téléphone.
C’est un parent qui sait, lui aussi, le poser.
Anne-Sophie Moreau
💫 Respirez. Ressentez. Rayonnez.



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